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Ce qu'il en coûtera...

 


...« Le chiffre de 15 millions a pu circuler. Mais il n’est pas exact. Si le projet de Musée au Boulingrin devait être annulé, les conséquences en seraient bien plus importantes que ça. 

Il y a d’abord eu les dépenses d’ores et déjà engagées pour ce projet au Boulingrin.
A ce jour, la somme exacte est de 4 997 736 €. Il faudrait aussi régler les pénalités prévues au contrat avec le Maître d’Ouvrage, soit 151 339 €. Nous en serions donc déjà à une perte sèche pour la ville de 5 149 075 €.

Mais ce n’est pas tout, c’est loin d’être tout…

Le projet privé Agora, qui se trouve sur l’autre partie du parking, est intimement lié au projet de Musée. Il l’a été dans l’appel d’offres que nous avons lancé. Il l’est dans les accords que nous avons avec le groupement qui a remporté le projet. Il l’est dans sa conception même, son architecture. Juridiquement, l’annulation du Musée oblige à l’annulation du projet Agora.
L’annulation du projet du Musée, c’est donc aussi l’annulation du projet Agora.
La Ville devait vendre l’assise foncière au groupement pour 4 300 000 €. Le projet annulé elle devra lui régler environ 500 000 € de pénalités, soit une perte totale de 4 800 000 €. S’ajoutant à la somme précédente, nous en sommes donc à une perte sèche pour la Ville de 9 949 075.

J’ajoute que l’investissement du groupement attributaire dans le projet Agora était de 35 Millions €. 35 M€ qui auraient été investis dans l’économie locale, dans les entreprises du bâtiment dont on sait comme elles souffrent aujourd’hui.
Le projet Agora était aussi la création d’environ cent emplois. Une centaine d’emplois peuvent-ils être négligés dans la conjoncture que nous connaissons ?

En tout état de cause c’est une perte sèche pour la ville de 9 949 075 €. C’est déjà beaucoup, mais ce n’est pas tout, c’est loin d’être tout…

Il se trouve en effet que le Musée des beaux-arts a bénéficié de donations, de dations et de mises en dépôt, directement conditionnées à la construction du nouveau Musée.
La plus importante est la donation Foujita, près de 700 œuvres, pour une valeur de 5 748 660 €

Nous nous sommes engagés  en contrepartie à prévoir dans le nouveau Musée, localisé non loin de la chapelle Foujita, un espace dédié de 240 m2, ce qui d’ailleurs ferait du Musée de Reims le plus grand au monde consacré à Foujita et permettrait à Reims d’accueillir des milliers de touristes japonais. A défaut nous devrons rendre ces œuvres aux héritiers, comme le prévoit la convention.

Le second legs est celui de Madame Pommery, la superbe et unique collection de céramiques léguée au Musée avec une condition essentielle, qu’une salle soit prévue pour les exposer. Dans l’actuel Musée, c’est impossible. Dans le prochain Musée, une salle a été prévue. Nous avons un courrier récent de Monsieur Philippe Pommery, héritier de son aïeule. Il est d’accord pour attendre jusqu’en 2018, c’est-à-dire sinon l’achèvement du musée, en tout cas sa sortie de terre.             A défaut de Musée, conformément aux stipulations de la convention, la Ville devra rendre cette incomparable collection qui lui a pourtant été léguée en 1892 et qui constitue une partie du patrimoine de notre ville. Sa valeur est de 1 212 000 €.

Enfin dans la perspective de la construction du nouveau Musée, tel que le projet a été présenté, et sous réserve de les mettre en valeur dans les nouveaux espaces, nous avons bénéficié dans la période récente de dépôts du Centre Pompidou, pour 2 150 000 €, de dépôts du Centre National des Arts Plastiques pour 1 344 738 € et la semaine dernière nous avons vu arriver la dation Felds, ensemble unique au monde, pour 2 500 000 €.

Toutes ces donations, legs, dépôts sont conditionnés par la construction du nouveau musée au Boulingrin, et liés à celui-ci. Que le Musée ne se fasse pas, et nous les perdons tous.
Si vous avez fait l’addition, toutes ces collections ont une valeur cumulée de 12 955 398 €.
Mais au-delà des sommes en jeu, ce sont bien entendu des ensembles d’œuvres au potentiel attractif considérable que nous perdons.

Aujourd’hui nous évaluons le potentiel du nouveau musée au Boulingrin à 200 000 visiteurs, soit 150 000 visiteurs de plus qu’actuellement. 
Avec ce chiffre nous sommes dans une fourchette basse, d’une part parce que le bâtiment est dû à celui qui est considéré comme l’un des plus grands architectes de musée au monde, David Chipperfield, et d’autre part parce que les futures collections, notamment Foujita, y seront remarquables.
C’est une fourchette basse, mais raisonnable.
Les retombées économiques d’une telle fréquentation sont importantes. Rappelons que selon les chiffres communément admis (là-encore hypothèse basse), un visiteur supplémentaire dans une ville, hors transport et hôtellerie, c’est 40 € de retombées économiques. 200 000 visiteurs, ce sont donc par an 8 millions € de retombées économiques !
L’on connaît aussi l’effet de notoriété pour une ville d’un grand Musée, et donc le renforcement de l’attractivité d’un territoire.

Résumons donc :

Si le projet du Boulingrin ne se fait pas la Ville perdra (perte sèche), 9 949 075 €, directement sortis de la poche des Rémois ; elle perdra pour près de 13 000 000 € d’œuvres au potentiel d’attractivité très important ; elle perdra l’investissement dans l’économie rémoise de 35 000 000 € des promoteurs du projet Agora, elle perdra une centaine d’emplois , elle se privera de près de huit millions annuels de retombées économiques, d’un effet de notoriété et d’attractivité.
Et en échange, elle retrouvera effectivement un parking à moitié sauvage, un grand retour vers le passé…
Voilà ce que coûterait aujourd’hui l’arrêt du projet.
Je voudrais toutefois compléter ma réponse à la question qui a été formulée :

Nous avons entendu récemment Arnaud Robinet déclarer qu’il fallait revoir le projet du Musée, et avant tout « lancer une étude pour voir si ça ne serait pas mieux de le refaire sur place ». Des études, nous en avons trouvées des rayonnages complets quand nous sommes arrivés en 2008… !
Cette proposition d’Arnaud Robinet est pour le moins surprenante, car cette étude existe, et il devrait le savoir ! Son principe a été décidé par Jean-Louis Schneiter et son équipe, dont faisait partie Arnaud Robinet.
Cette étude a été menée en 2007 par le cabinet O’Byrne associés, et elle a été rendue en novembre 2007.


Or que dit-elle ?
Pour pouvoir réaliser un musée qui aurait les dimensions de ce qui est prévu au Boulingrin, et de ce qui est nécessaire à la mise en valeur de ses collections, notamment les plus récentes, autour de 10 000 m2 utiles, il faut faire trois choses :

1) récupérer l’immeuble de l’Esad
2) créer un tunnel qui relie l’Esad à l’actuel Musée ( !)
3) restructurer l’ensemble et y ajouter 54% de constructions neuves sur le parking Libergier (donc supprimer celui-ci) et dans les jardins (donc amputer ceux-ci)

Pour faire ça, ça veut dire qu’il faut commencer par reconstruire ailleurs l’Esad (dont les effectifs ont augmenté de 50% depuis 2008), soit dépenser environ 20 Millions €.
Une fois le bâtiment de l’Esad vide, il faut vider celui du Musée, c’est-à-dire emballer les milliers d’œuvres, trouver un lieu sécurisé pour les stocker, dépenser de l’argent pour les surveiller, maintenir une température constante, etc. A première vue, dépenser environ 1, 5 M€ par an pour ce stockage.

Une fois le Musée vide, et fermé, les travaux pourront commencer. Il faudra au moins six ans pour les réaliser, soit six ans sans Musée pour les Rémois et les touristes.
Et le coût pour restructurer deux bâtiments (construire sur le parking Libergier, ce qui est techniquement très difficile car sous ce parking  se trouve…un parking souterrain ! et dans les jardins) sera a priori proche de 80 M€.
N’oubliez pas, à ce coût il faut ajouter les 20 M€ de l’Esad, le coût annuel du stockage et de la surveillance des œuvres durant les travaux (6 ans à 1,5 M€ soit 9 M€), et en tout état de cause la perte supportée pour l’abandon du projet Boulingrin de près de 10 M€.

Quant à l’ensemble des legs et donations, il serait très compliqué de les conserver.
Au bas mot, plus de 100 M€ quand le projet actuel en coûte 46 Hors Taxes (rappelons en effet que la ville récupère la TVA).

Voilà les vrais éléments du débat autour du nouveau musée. On peut aussi faire le choix de ne rien faire et de rester dans l’immobilisme ».

Intervention de Serge Pugeault adjoint chargé de la Culture et du Développement économique au conseil municipal du 17 février 2014, en réponse à la question de Jean-Marie Beaupuy portant sur le coût de ce que serait l’annulation du projet du Musée des Beaux-arts au Boulingrin.

 

 

 

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